Mathieu, notre ingénieur fou, Jean-David, notre architecte affable et moi sommes à Paimpol en Bretagne pour évaluer le Frya. On devra sûrement y apporter quelques modifications pour que Transport Canada lui accorde le statut de voilier école : c’est ce que nous venons évaluer. Si la mise aux normes n’est pas hors de notre budget, le Frya devrait se transformer en Grand Cerf-Volant dès le printemps 2010.
Un peu plus prêt de la mer: Paimpol
La mode est au vert…
En cette période où s’afficher vert est quelque chose de très tendance, et ce malgré le fait que d’agir conséquemment à cette image le soit beaucoup moins, on ne s’étonne guère de voir une multitude de produits profiter de cette mode et s’approprier cette étiquette. Bien que plusieurs comprennent rapidement le concept
très absurde de la voiture verte, il est beaucoup moins évident d’arriver au même constat avec les produits flirtant avec l’éducation environnementale.
Prenons par exemple le nombre incroyable de films visant à sensibiliser le public sur l’impact de l’Homme sur la planète qui prennent d’assaut les salles de cinéma cette année. Derrière le désir annoncé de vouloir dénoncer des réalités et soulever des questionnements, plusieurs de ces œuvres semblent plutôt vouloir jouir d’une publicité gratuite en se collant à un sujet de l’heure plutôt que de défendre de réels intérêts. Heureusement, ce ne sont pas tous les films qui oublient leur véritable mission au profit de la célébrité…
Peu importe le véritable but premier d’un film à saveur environnementale, la production requiert du financement. Plusieurs choisiront la formule du succès commercial, qui a le mérite de fournir beaucoup de moyens et de s’assurer de rejoindre un maximum de gens. Dans une perspective de susciter un réel débat, cela peut s’avérer intéressant. Certes, mais à quel prix ? L’article «À film «écolo», financement vert?» soulève cette question. Est-ce que le fait de rejoindre la masse dans une perspective de sensibilisation justifie une prostitution idéologique ? Parce qu’il ne faut pas se le cacher, la majorité des grosses compagnies prêtes à investir des montants importants dans de tels projets sont souvent des leaders en matière de pollution. Par le fait même, on accepte d’élever leur logo élevé au rang des entreprises à tendance verte, d’y associer notre œuvre, et de vivre avec la censure qu’un lucratif contrat peut facilement engendrer ? Si nous sommes prêts à accepter de telles conditions, alors quel était vraiment notre but premier ?
Souvent, il semble que ce dernier était d’arriver à ses fins avant de soulever de réels questionnements. Par exemple, qu’est-ce que le film Home de Yann Arthus-Bertrand vous a
appris ? Bien que ce soit une œuvre photographique et cinématographique de haut calibre qui réussit à nous toucher l’instant d’un popcorn et d’une grosse liqueur, peut-on réellement la considérer comme une icône de l’éveil de la conscience environnementale ? Si l’on songe aux impacts de la production d’un tel film, on peut se demander si les changements apportés aux habitudes de certaines personnes suite à son visionnement viendront compenser les dommages indirects et directs causés par le film lui-même ? Inquiétant…
L’époque de la pseudo-sensibilisation de masse, où la même information est offerte à différentes sauces, est maintenant révolue ! Tout le monde a entendu et réentendu les même discours. Aujourd’hui, il reste encore à aller de l’avant et alimenter une véritable réflexion écologique personnelle favorisant un débat de société. Plusieurs visionnaires se battent chaque jour pour cette cause, rêvant de faire passer les questions environnementales de l’état de mode à une réalité intégrée à notre quotidien. Pour ce faire, ils vous invitent à vous questionner, à discuter, à douter, à émettre votre opinion, à toucher, à sentir, à voir, à comprendre, afin que l’on passe tous du statut de spectateur à celui d’acteur.
Et voici un lien vers le film, parce qu’il reste très beau…
ASTA: ma nouvelle famille
Grand Cerf-Volant sera bientôt sur cette photo, à courir auprès de ces magnifiques montures des mers! Nos soeurs ASTA nous attendent!
Depuis des années que je développe un projet d’école environnementale en mer. Depuis des années que le désir profond de fonder le premier voilier école québécois m’habite. Depuis des années que je travaille seul dans mon coin. À la conférence ASTA de Cleveland, j’ai trouvé une vraie famille. Une bande de marins solidaires qui se rencontrent quelques fois par année pour échanger, partager, s’entraider.

EcoMaris et Grand Cerf-Volant sont maintenant de fiers membres ASTA. J’ai été complètement abasourdi par le sérieux et la pertinence de cette organisation. J’ai été accueilli comme un frère. Leur désir de voir enfin un grand voilier naviguer sur le Fleuve Saint-Laurent avec des jeunes et des moins jeunes à son bord est presque aussi grand que le mien. Ils sont prêts à mettre la main à la pâte pour rendre ce rêve réel.
Je croyais être le seul à avoir des questions de genre: est-ce que je peux enlever des rivets sur un bateau en fer et les remplacer par une plaque en acier? Bien non, je ne suis pas le seul à m’être posé la question et comme dirait Bob le bricoleur: oui on peut! Je connais même la technique pour le faire et des gens pour nous enseigner en détails.
Un projet comme le nôtre comprend un nombre important de détails de diverses natures: sécurité, opérations du navire, changements au niveau des normes, préoccupations médicales, légales, marketing spécifique au voiliers écoles, protection de l’environnement, programmes pédagogiques, assurances, recrutement, demandes de financement, logistique, qualifications de l’équipage… Avec ASTA j’ai les réponses à toutes ces questions et toute l’aide nécessaire pour mener à bien notre projet.
EcoMaris et Grand Cerf-Volant rejoignent aujourd’hui une industrie, ça peut sonner drôle aux oreilles de plusieurs mais les voiliers écoles, c’est une industrie. ASTA permet de garder les gens de l’industrie en contact et à l’industrie d’opérer de plus en plus efficacement et en toute sécurité.
Merci David
Cleveland Post
Cleveland oh my Cleveland! Comme je ne te soupçonnais pas… Je pensais arriver à cette conférence de ASTA pour y rencontrer des propriétaires de bateau prétentieux et des équipages pédants et je suis tombé sur une bande de marins authentiques et complètement déjantés. Des vrais de vrais passionnés de mer, d’éducation et d’aventures. Des marins fous comme on les aime. Voici mon nouvel ami, le consul néerlandais à Chicago. Un amoureux des grands voiliers.
Une certaine journée de 1945, les américains bombardaient les allemands pour libérer les hollandais. Un petit garçon regardait les avions dans le ciel:
“Qu’est-ce qu’ils font maman? Ils viennent nous libérer!
C’est qui ces gens? Ce sont des américains.
Comment on fait pour devenir américain? Il faut aller dans l’armée.
Je veux devenir américain!”
C’est ainsi que mon nouvel ami est devenu capitaine de marine, puis américain, puis consul!
Voici un autre fou, le capitaine du Europa.
Un autre Néerlandais fou, qui a gagné le Tall Ships Atlantic Challenge 2009… Il se demandait quoi faire avec son trophée… Casque de vélo ou bol pour le chien du Europa… Personnage majestueux, humble, drôle, conscient, vivant, libre. Un autre bon produit de la mer… Je crois qu’à force de contempler le ciel, des étoiles finissent par s’imprégner au fond des yeux des marins.
Et ici on retrouve un Suédois méga relaxe qui s’occupe de la planification de toutes les escales d’un super navire, le Götheborg.
La ville de Göteborg est en grande partie derrière ce projet. Ce que j’adore du concept de ce voilier c’est qu’il est financé comme autrefois, lorsque les marchands envoyaient des voiliers sur la route des épices et finançaient leur voyage à même leur cargaison. Aujourd’hui, ce bateau transporte quelques hommes d’affaire en cravate, ceux-ci débarque dans un pays quelconque: Chine, USA, Brésil, n’importe où. Ils signent des contrats et retournent à la maison. Le bateau demeure un outil de relation entre les gens, une plateforme de transaction. Plus ça change, plus c’est pareil. Ces transactions sont bien, elles permettent à des jeunes de voyager et d’apprendre grâce à la mer.
Et ici, ce sont tous les fous réunis pour boire du thé à minuit. Ce réseau de passionnés de voile et d’aventures humaines est un réseau d’entraide extraordinaire. Toutes les ressources sont là, toutes les réponses à mes questions sont là, tous les partenaires , toutes les possibilités sont ici réunies. Et tout ça grâce au thé. C’est merveilleux
Qu’est-ce que veut dire ERE?
On entend de plus en plus parler de ERE… quand j’en parle on me demande: «C’est quoi ça?» ou encore «Ça mange quoi en hiver?». Comme l’hiver approche à grands pas… j’ai pensé prendre l’ERE comme premier sujet dans ce blog.
Pour vous mettre l’eau à la bouche, je vous propose 2 citations. La première de Claude Villeneuve, spécialiste mondial de la question environnementale, biologiste et vulgarisateur scientifique québécois bien connu. La seconde, de Giordon et Souchon, 2 auteurs spécialisés en pédagogie que j’aiment particulièrement, et qui ont écrit l’un des premiers livres sur l’ERE intitulé: « Une éducation pour l’environnement».
« Le but de l’ERE est de former une population mondiale consciente et préoccupée de l’environnement et des problèmes qui s’y rattachent, une population qui ait les connaissances, les compétences, l’état d’esprit, les motivations et le sens de l’engagement qui lui permettront de travailler individuellement et collectivement à résoudre les problèmes actuels et à empêcher qu’il ne s’en pose de nouveaux. » – Claude Villeneuve, Qui a peur de l’an 2000?, 1998, p.113.
« Les objectifs de l’ERE sont au nombre de cinq: la prise de conscience, les connaissances, les compétences, la capacité d’évaluation et la participation.» – Giordan, A. et Souchon, C., Une éducation pour l’environnement, 1991, p. 10.
Outre le fait que ERE et AIR soient homonymes
, laissez-moi reprendre ces 5 objectifs en les liant au monde de la voile (eh oui, ça fait seulement une semaine que les bateaux sont à sec et on se sent déjà nostalgique!).
J’ai donc établi certaines corrélations entre les objectifs énoncés par Giordan et Souchon, les niveaux d’habiletés (les habiletés étant souvent perçues comme des objectifs pédagogiques – voir image de la taxonomie de Bloom ci-contre), et l’environnement marin dans lequel nous évoluerons.
Ainsi, j’aimerais partager ces corrélations avec vous:
- La prise de conscience (sous-niveau d’habileté): quoi de mieux que d’être sur l’eau pour aider les apprentis-marins à prendre conscience de l’environnement et des problèmes qui y sont reliés. Grâce au bateau, nous pourrons les sensibiliser aux grandes questions environnementales et à l’utilisation responsable des ressources…
- Les connaissances (1er et 2e niveaux d’habileté): grâce aux topos et au matériel pédagogique développés, nous pourrons les aider à acquérir un niveau de compréhension de base sur l’environnement qui nous entoure, sur ses problèmes connexes, sur leur responsabilité individuelle et sociale et sur le rôle critique qu’ils ont à jouer.
- Les compétences (3e niveau d’habileté): par des exercices pratiques et par les manoeuvres à bord, les apprentis-marins pourront mettre en pratique et ainsi, acquérir des compétences nécessaires à la solution de problèmes environnementaux dans leur environnement immédiat notamment ceux liés à l’utilisation des ressources.
- La capacité d’évaluation (4e niveau d’habileté: analyse, synthèse et évaluation): en faisant équipe avec les animateurs à bord et collaborativement avec des organismes locaux qui interviennent en matière d’environnement, les apprentis-matelots seront à même d’analyser, d’évaluer et d’enrichir des mesures et des programmes d’éducation en matière d’environnement selon les facteurs qui les intéressent: sociaux, écologiques, économiques, politiques et/ou pédagogiques.
- La participation (niveau d’habileté supérieur qui relève de la métacognition): suite aux rencontres effectuées au fur et à mesure de nos escales, ils pourront ensuite s’impliquer auprès de ces organismes ou d’autres. Au retour, les apprentis-matelots auront acquis non seulement de nouvelles connaissances et compétences, mais également un sentiment d’urgence quant aux problèmes environnementaux surtout ceux relatifs à l’utilisation des ressources. Non seulement resteront-ils «connectés» ensemble via ce réseau social leur permettant ainsi de poursuivre leur apprentissage, mais ils en deviendront également des acteurs actifs. Ils seront aussi en mesure, individuellement ou collectivement, de sensibiliser, former, influer et mettre en oeuvre des mesures permettant la résolution des problèmes environnementaux…
J’espère dorénavant que lorsque vous entendrez parler de ERE, vous saurez de quoi il s’agit… et que vous en parlerez autour de vous!!! Je demeure très ouverte à vos commentaires!




