Le fleuve Saint-Laurent et les Grands Lacs : le plus important système d’eau douce de surface de la planète ! Cependant, depuis plusieurs décénies, ce majestueux plan d’eau a perdu beaucoup de son lustre dû au mouvement de surindustrialisation jumelé à l’inconscience environnementale.
En 1972, un accord canado-américain sur la qualité de l’eau des Grands Lacs entre en vigueur. Cette entente vise à sauver l’écosystème, et plus particulièrement le lac Erié, en réduisant les
niveaux de plomb, de mercure, de phosphore et de PCB, entre autres. Des efforts ont été déployés, mais ils sont loin d’être suffisants, d’autant plus que les 38 dernières années ont vu l’apparition de nombreuses substances chimiques aujourd’hui détectées dans les Grands Lacs et le fleuve Saint-Laurent.
À la veille des discussions pour une mise à jour de cet accord, l’organisme Pollution Watch vient de publier un rapport sur les polluants industriels rejetés dans la bassin du fleuve Saint-Laurent et des Grands Lacs. Les chiffres sont basés sur des données fournies volontairement par 3 960 industries en 2007 au Toxics Release Inventory (TRI) aux États-Unis et à l’Inventaire National des Rejets de Polluants (INRP) au Canada. Les statistiques sont récoltées pour 204 polluants.
Plus de 460 millions de livres (209 millions de kg) de polluants ont été rejetés dans l’environnement par ces industries durant l’année 2007, soit l’équivalent de plus de 17 000 camions ! Malgré l’ampleur de ces chiffres, il faut savoir que ceci est une estimation à la baisse de la réalité puisque ce ne sont pas toutes les industries qui transmettent leurs données. En effet, on estime que seulement 10% des rejets sont déclarés puisque les PME ainsi que les usines de traitement des eau usées, entre autres, ne participent pas à cette étude. De ce fait, leurs rejets ne sont pas comptabilisés…
Les industries canadiennes relâcheraient en moyenne près de 3 fois (ration de 2,9:1) plus de produits cancérigènes dans l’atmosphère que leurs homologues américaines. Bien qu’elles
représentent seulement 34% des entreprises du bassin des Grands Lacs, elles émettent 60% des rejets atomsphériques jugés cancérigènes.
Le lac Érié est le système le plus durement affecté. La moitié des rejets toxiques identifiés proviennent des 1 300 industries qui peuplent densément son rivage (35% de toutes les industries du système Saint-Laurent Grands Lacs). Ce fait est particulièrement alarmant considérant le fait que ce lac est le plus petit, le moins profond, mais le plus biologiquement productif des Grands Lacs.
Pour plus de détails, veuillez consulter le rapport complet de Pollution Watch.
L’organisme propose, entre autres, que le nouvel accord inclus les substances toxiques traditionnelles, mais qu’il prenne aussi en considération les nouvelles sources de pollution (ex: nanoparticules, perturbateurs endocriniens, etc.). Le groupe propose aussi un rapport annuel afin de quantifier les rejets de polluants vers le système Saint-Laurent Grands Lacs.
“Franchement, les objectifs de l’Accord relatif à la qualité de l’eau des Grands Lacs n’ont pas été complètement atteints”, déclare Mike Layton, directeur adjoint à la sensibilisation, de Défense environnementale. “À cause du nombre grandissant de substances chimiques arrivant sur le marché chaque année et des nouvelles substances chimiques qui sont détectées dans l’eau, l’air et les terres des Grands Lacs, les gouvernements et les installations ne peuvent pas suivre le rythme en utilisant simplement une technologie au point de rejet ou en modernisant les usines de traitement des eaux usées. Il est absolument nécessaire de mettre plus d’emphase pour prévenir l’utilisation de ces substances chimiques”.
Malgré l’urgence d’agir, on peut s’étonner de voir le manque de sérieux accordé au dossier de la protection du fleuve Saint-Laurent et des Grands Lacs du côté du gouvernement canadien. En effet, le Plan
d’Action Saint-Laurent est venu à échéance à la fin mars de cette année. Depuis, aucune information concernant une réelle volonté de renouveller le programme, et encore moins quant à de nouvelles mesures de protection qui pourraient être mises de l’avant. Rappelons que le dernier Plan d’Action Saint-Laurent avait grandement déçu, appelant les industries à mettre de l’avant des mesures de protection du milieu sur une base volontaire uniquement…
On ne peut pas se baigner à plusieurs endroits, on peut encore moins y consommer les moules ou les poissons… Que faut-il de plus pour faire comprendre que la soupe moribonde qui nous entoure pourrait redevenir un joyau dont nous pourrions être fiers…








