Argo V dans le Grand-Nord – La pêche commerciale

Lorsque nous sommes entrés à Nuuk, juste après avoir contourné l’entrée du havre, nous sommes arrivés face à une rutilante usine flottante nommée: “Polar Seafood”. Juste le nom m’a fait frémir, je songe aux pauvres poissons qui ont le malheur de fréquenter les mêmes eaux que ces immenses bateaux construits et équipés pour cueillir tout ce que l’océan peut produire de comestible.


Depuis près d’une semaine que nous sommes ici et les grands bateaux de pêche se succèdent au rythme d’environ un par jour. Ils ne sont pas tous aussi gros que le “Polar Seafood”, ni aussi récents. Plusieurs ont visiblement été rachetés et vivent leur deuxième vie dans les eaux nordiques. Ceux qui battent pavillon Canadien pêchent en eaux Canadiennes, souvent juste à la limite des eaux Groenlandaises qui semble bien définie et sur laquelle ces bateaux-usines essaient de racler tout ce qui vit, espérant probablement attirer le poisson de leur côté de la frontière. Certains bateaux Canadiens appartiennent en fait à des “joint-ventures” entre des armateurs Danois et des Innuits Canadiens. J’imagine que la répartition du capital-actions doit être juste ce qu’il faut pour se conformer à la réglementation et qu’une bonne part des bénéfices doit se retrouver dans les comptes de banques d’actionnaires qui ne connaissent rien aux techniques de pêche.



Le va-et-vient entre les cales de ces bateaux, l’entrepôt et le porte-conteneurs juste derrière est continu. Les palettes de boites de poisson congelé, coupé et étiqueté selon les préférences des marchés auxquels elles sont destinées fourmillent sur le grand quai tout juste sous nos yeux. Nous avons appris que “j-cut” signifie coupe Japonaise… La plupart des bateaux “récoltent” (traduction de “harvesting the ocean”, tel que lu sur quelque bateau) du flétan du Groenland et d’autres de la crevette nordique, tout est congelé à bord. Les Canadiens viennent vendre leurs prises ici car ils obtiennent de meilleurs prix.

À ce compte, il faut que l’océan produise à chaque jour l’équivalent du poisson qui est débarqué pour que nous puissions dire que cette exploitation est soutenable à long terme. Si le passé est garant de l’avenir, doit-on faire confiance et continuer à manger des fruits de mer commercialisés sur les grands marchés?
En dernière heure, on me dit que la pêche n’est déjà plus ce qu’elle était il y a à peine dix ans, faute de poissons, et dix ans, c’est bien peu dans la vie des vieux reproducteurs…

Pour plus de détails concernant le voyage de Argo V dans le Grand-Nord, visitez:
http://www.passagedunordouest.qc.ca

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